D’hier à aujourd’hui : L’Algérie carrefour des routes migratoires. De BAMAKO : LOUKIL Djamila

Migrant ayant trouvé refuge dans des locaux désafectés

Migrant ayant trouvé refuge dans des locaux désaffectés

                                     

Il est un peu plus de 9 heures du matin et il n’a pas fallu longtemps pour trouver un taxi, juste au pied de l’hôtel et négocier le prix du trajet  jusqu’au ghetto de Faladié au Sud-Est de Bamako.

Mon chauffeur me repère assez rapidement « Algérienne ? Ah… j’aime beaucoup l’Algérie, mon frère est la bas du côté d’Alger, il nous envoi de temps en temps de l’argent pour nous aider ! ».

Le trajet se passera à revisiter la situation au Nord Mali, les rapports des  Maliens  aux Touaregs et au MNLA honnis et l’Algérie « toujours bienveillante et généreuse » selon notre chauffeur. Malgré  son statut, celui-ci ne cesse de s’imaginer vers « un ailleurs » plein d’opportunité passant justement par l’Algérie.

Arrivée à la gare-routière de Faladié, nous découvrons un  terre- plein bruyant, poussiéreux. Une sorte d’immense ruche humaine, où cars, taxis,  bus et mini bus stationnent de toutes part. Certains véhicules  semblent  chargés  au maximum de leur capacité et pourtant des voyageurs, hommes, femmes, enfants, sont encore montés, poussés à l’intérieur.

Mais, dans cette apparente pagaille, tout est bien organisée: les agences de voyages disposent d’une enseigne sur place, les  marchands ambulants proposent  mets préparés et sachet d’eaux, les rabatteurs de voyageurs crient les destinations « Gao, Kidal, Mopti ! ».

Il faut dire que la gare de Faladié  est au cœur des destinations vers les grandes villes du Nord ou les frontières du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire et du Niger. C’est aussi par la force des choses  le point de chute de beaucoup d’hommes, de femmes ayant empruntés les routes de la migration et qui s’échouent ici à Bamako, bloqués par la crise et la guerre.

Didié, un bénévole de  l’association d’aide et de soutien aux migrants refoulés, l’ARACEM, nous attend devant leur modeste local. Il sera notre ticket d’entrée dans le ghetto. D’origine Camerounaise, ancien migrant rescapé des assauts sur Melilla en 98, il nous dresse la liste des villes. Celles des parcours migratoires remontant vers le Nord de l’Afrique à partir du Mali: Gao, Kidal, Tinzaouatine, Tamanrasset puis Oran, Maghnia, direction Melilla et l’Espagne.  Mais la guerre au Nord Mali est passé par là:« Depuis la fermeture des frontières avec l’Algérie les migrants se retrouvent bloqués ici, refoulés ils sont des migrants errants…  le flux c’est un peu ralenti mais ils sont des centaines à tenter de survivre dans des conditions inhumaines » raconte Didié.

Ces conditions nous les avons vues : des hommes, des femmes en pleine force de l’âge accompagnés d’enfants et installés dans des réduits recouverts de tôles. Le jour ce sont des étals, la nuit des dortoirs moyennant 250 FCFA par personne. Les migrants, hommes, femmes, enfants sans distinction, s’y entassent parfois jusqu’à 20 allongés collés les uns aux autres, sur des nattes posées  à même la terre battue. La nuit, la frontière entre viol et prostitution est étroite, et  les agressions sont légions. D’anciens locaux commerciaux sont transformés en lieu où l’on y fait ses besoins  et dans le dédalle des baraques s’alignant par centaines, les  rigoles d’eaux stagnantes sont l’univers de ces candidats à l’immigration. Trouver de l’eau pour se laver, trouver de quoi manger  et où dormir est leur obsession au quotidien. Quant aux enfants nés durant « le voyage » ou à Faladié, ils ne sont ni déclarés, ni scolarisés.

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Photo:Vue du ghetto de Faladié

Des villes et des routes…

 

Ce sont presque tous les pays de l’Afrique centrale et de l’Ouest que l’on retrouve à Faladié                 à travers les migrants en attente, traçant dans  leurs rêves, les yeux fermés ou ouverts, de nouvelles routes pour remonter jusqu’aux côtes Européennes. Tous ont connu ces routes de l’enfer : violence, rackets, agressions, la peur… L’Algérie n’est qu’une étape vers leur quête de l’Europe, le temps de se refaire une santé, le temps de trouver de quoi payer la traversée pour  l’Espagne ou  l’Italie. Les risques du refoulement les guettent, mais pour chacun d’entre eux il  n’est pas question de revenir en arrière même et surtout, si au pays il y a une famille qui attend.

 Justin un Camerounais, a été  baigné dans son village par les récits des migrants ayant atteint « l’eldorado». En 2008  à 25 ans il décide de partir et réunit avec l’aide de sa mère  la somme de 150 000 FCFA.  La première partie de son voyage, par bus, en moto, sera émaillé  de « droits de passage» dans chaque pays, dans chaque région qu’il traverse sans oublier « les coupeurs de routes» ceux qui repèrent les migrants et les agressent pour les dépouiller de leurs argents. La seconde étape de son périple emprunte l’axe Gao, Kidal, Tinzaouatine :« Il y avait déjà des affrontements dans cette région et je n’avais pas de papier, à la frontière Algérienne on a suivi des passeurs de la région qui nous ont laissés dans la nuit à 6 Km de Tamanrasset et c’est à pied que nous avons continués ». Commence alors son séjour de clandestin en Algérie, les dortoirs à 200 DA la nuit à M’dina J’dida (un autre quartier d’Oran), les travaux sur des chantiers, le racisme au quotidien, la peur des rafles mais aussi la générosité de certains:« Un jour je n’avais plus d’argent pour payer le dortoir, j’ai mendié à Tahtaha (un quartier situé à Oran), un Algérien m’a dit c’est combien le prix pour le dortoir et il m’a donné 1 000 DA ! ». Après Oran, Justin ira à Sétif toujours dans l’espoir de gagner plus d’argent. C’est là qu’il se fait arrêter et connaitra l’autre longue route, celle du refoulement. Il raconte le transfert de commissariats en commissariats :Batna, Biskra, Touggourt, Ghardaïa, In Salah, attendant à chaque fois que le camion face le plein de migrants à  refouler. On les y  entasse parfois à 60 et plus sans  aucune aération, la nuit dormants dans des cellules à même le sol, mêlés à des migrantes et leurs enfants, à peine si de l’eau et de la nourriture leur est donné : « Arrivé à Tamanrasset beaucoup d’entre nous étaient malades !…on payait les gardiens pour qu’ils nous achètent un sachet de lait…. ». Après quelques mois passé à Gao, Justin retentera la traversé de l’Algérie où il sera, une seconde fois, arrêté sur la route menant à  Maghnia.

                                                Repartir  encore et encore

                                            

Il y a aussi Arnaud, de la république démocratique du Congo (RDC) après le massacre de sa famille à l’époque de Kabila père, il décide de partir. Son objectif : la Lybie, y travailler comme peintre en bâtiment avant de rejoindre l’Italie. Le désert du Ténéré, il en sortira de justesse après 3 jours de convois en 4X4  avec d’autres  migrants sous 45°. Un guide les conduits jusqu’à la ville de Djanet et de nuit les amènent vers la frontière Algéro-Libyenne : » Le guide nous a mené jusqu’à une dune, d’où l’on apercevait les lumières d’une ville Libyenne, c’est là  que des hommes en turbans et armés nous ont attaqués en tirant, c’était la panique…Ils nous ont regroupés et nous ont ordonnés de nous déshabiller, complétement, les hommes comme les femmes…ils ont  pris l’argent ont entrainé les femmes puis tirés pour nous disperser. Longtemps après nous sommes revenus  pour récupérer nos habits restés sur place et nous avons continués seuls. Sur les pistes  j’ai vu beaucoup de squelettes, mais que veux-tu on n’a pas le choix, on doit continuer et recommencer ». Son périple prendra fin 6 mois plus tard dans une embarcation en partance pour Lampedusa et qui dérivera des jours durant.

Quant à Dicko qui est Congolais il nous dit d’emblée: » moi je voulais vivre en Algérie je voulais être footballeur la bas !… ». Son premier contact se fera avec Tamanrasset via le Mali. Pris en charge par  des compatriotes, ils  l’aideront en lui offrant le couché et en lui trouvant du travail sur  des chantiers. Dur à la tache il  se fait sa place  et est même apprécié par les patrons :» Mais moi je voulais aller à Alger pour le football, je suis goal !, j’ai pris un passeport Malien d’un camarade qui me ressemblait, j’ai été à Blida puis à Alger. Sur une plage j’ai dormis la nuit,  mais les gendarmes m’ont trouvé et arrêté ». Devant un magistrat Dicko ne compris même pas qu’il était condamné à 6 mois de prison avec une reconduite aux frontières. De cellules en cellules, de convois de refoulés en convois, dans des conditions toujours dures, des femmes accouchant en cours de route, il se retrouvera à Gao, peu de temps avant que les islamistes ne prennent les villes du  Nord. Depuis il attend et rêve toujours de football : « Je veux repartir, j’ai menti à ma mère elle ne sait pas tout ce que j’ai souffert et où je suis, c’est pour cela que je dois repartir »

Tous veulent repartir, reprendre les routes du désert, malgré tout. Les rackets, la souffrance, la peur et même la mort, rien ne les fait renoncer. Aujourd’hui ils attendent, demain peut-être la frontière sera ré ouverte et Tinzaouatine, Tamanrasset Oran, Alger seront à leur portée. Les plus téméraires tentent déjà les nouvelles routes, les plus dangereuses celles qui passent le long de la Mauritanie, le Sahara occidental et les mines, le Maroc.  Les routes de l’enfer comme ils disent eux même….

                                                                D LOUKIL

ENCADRE /   Entretien réalisé par D LOUKIL

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Le Professeur Mohamed Saïb Musette est Directeur de recherche au CREAD, consultant auprès des institutions internationales et d’agences des Nations unies. Il a plus particulièrement  travaillé  sur les questions des migrations internationales. Pour LIBERTE il apporte quelques éclairages sur la question des flux migratoires dans le contexte politique et socio-économique de la région du sahel. Autant de situations qui ne peuvent passer inaperçues ou rester anodines en Algérie.

1-LIBERTE : Quels ont été les différents impacts de la guerre du Nord Mali et la fermeture des frontières avec l’Algérie, sur la situation des migrants Subsahariens ? Et quelles évolutions peut-on attendre de la probable réouverture de ces frontières ?

Professeur M.Saïb Musette : Les impacts de la guerre sont multiples. Les migrants, provenant des pays au sud du Sahara (qui étaient installés ou étaient en transition) au Mali, ont été piégés. Deux autres options sont présentes dans ce cas de figure : certains ont pu regagner leurs pays d’origine, d’autres ont dû fuir avec les ressortissants maliens vers des pays limitrophes. Nous n’avons aucune évaluation chiffrée car ce sont là des formes de « migration de crise » qui sont difficilement quantifiables, à l’exception des éléments de prises des ONG rompues aux opérations de protection des droits humains. La fermeture des frontières au Sud  a impacté aussi sur les flux des migrants subsahariens vers l’Algérie. D’ailleurs en 2012, les données de la gendarmerie nationale font état d’une baisse des interceptions des migrants venant des pays au sud du Sahara. Les ressortissants du Maroc sont classés en pole position dans les statistiques sécuritaires. La réouverture des frontières au Sud se ferait logiquement lorsque les conditions de sécurité du territoire national seront assurées. Il y aurait probablement une reprise de la circulation migratoire  traditionnelle, notamment les migrations frontalières. Les évolutions futures dépendraient de la stabilisation au Mali et des régulations des mouvements à ses frontières avec les autres pays africains. Il  ne faut oublier que le Mali fait partie du groupe de la CEDEAO et la libre circulation est un des accords entre les pays du groupement.

2 –  LIBERTE : Avec la situation explosive dans tous le Sahel, doit-on s’attendre à des restrictions encore plus graves ou une évolution plus positive sur la question du séjour et de la stabilisation des migrants dans notre pays ?

Pr. M.Saïb Musette : La situation dans le Sahel demeure inquiétante. Les pays du sahel constituent une zone à très hauts risques car ils sont aussi les pays les plus pauvres de la planète. Cette zone connait aussi les pires conséquences des changements climatiques et les migrations semblent s’installer comme mode de vie, ou plutôt mode de survie pour les populations.  L’Algérie a toujours maintenu des bons rapports avec les pays frontaliers au Sud (Mali et Niger). Les autorités algériennes ont contribué, à la demande des populations, à l’apaisement des conflits et parfois avec des donations de toute nature.

3 -LIBERTE : La question liée à l’existence ou non de centres de rétentions dans le Sud pour les migrants et de l’ouverture de bureau du HCR, a toujours été problématique pour les autorités Algériennes. Qu’en est-il en fait ? Et quelle lecture en faites- vous ?

Pr.M. Saïb Musette : La loi algérienne sur les conditions de  séjour des étrangers fait état de la création des « centres d’attente ». Il est vrai qu’à ce jour nous n’avons aucune information diffusée sur la construction de ces «centres ». Dans le contexte actuel, il me semble peu probable que l’Algérie s’engage dans ce processus. Nous vivons actuellement une situation de « migration de crise » où une certaine flexibilité est imposée devant la priorité aux respects des droits humanitaires.

4-LIBERTE : Face à l’instabilité du Sahel, quelles solutions  peut-on préconiser en Algérie et dans les pays de la région pour une maîtrise des flux migratoires dans le respect des droits des migrants?

Pr.M.Saïb Musette : Avant de se pencher sur les solutions possibles, il faut caractériser la nature de l’instabilité actuelle au Sahel. Elle est multiforme et complexe. Elle résulte autant de facteurs internes que de facteurs exogènes. Les éléments internes favorisant l’instabilité sont relatifs  à l’histoire du développement économique et social et aux conflits, sinon aux antagonismes politiques, fondés sur des organisations tribales. Les éléments externes sont relatifs aux enjeux géopolitiques de la région, aux différentes crises politiques violentes dans la région avec interventions étrangères. Il est aussi à noter que les pays du Sahel subissent les changements climatiques…Les solutions possibles découlent ainsi de ces facteurs. Toute action visant  au développement économique du Sahel ne peut que redonner l’espoir et la confiance aux populations et à des formes de mobilité organisée au niveau de la région.  La maîtrise des flux migratoires, dans le respect des droits de l’homme, suppose au préalable que les frontières soient sécurisées entre les différents pays de la région.

 5- LIBERTE : Pour finir, avez-vous noté une augmentation des actes de racisme et de xénophobie à l’encontre des migrants subsahariens ?

Pr.M. Saïb Musette : Les actes de «racisme et de xénophobie» ont toujours été présentes dans les pays de l’Afrique du Nord à l’égard des populations vivant au Sud du Sahara. L’opposition blanc/noir est historique, tout comme « l’esclavage » connu dans cette région. Ces oppositions sont doublées depuis le 20e siècle par des inégalités sociales et des inégalités de revenus- ce qui renforcent le système de valeurs fondé sur une hiérarchisation sociétale entre les populations des deux rives du Sahara. Ces formes de classement de « race » sont aussi traversées par une certaine hostilité vis-à-vis de tout « étranger ». La notion d’étranger  est diversement appréciée dans la culture « arabe » des pays  de la rive nord du Sahara. Les observations de terrains (cf. étude CISP/SARP), notamment en Algérie, démontrent que ces formes de racisme et xénophobie sont devenues inquiétantes.

 PS/ (entretien exclusif pour liberte)

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Terremoto de jerez – fandangos

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Traverser la mer pour continuer la lutte

Djamila Loukil, journaliste de 54 ans au quotidien Libertéà Oran et militante des
droits de l’homme, a grandi entre la France et l’Algérie. Sa volonté de mener un
combat pour plus de justice sociale l’a conduite à s’engager totalement pour le
pays de ses parents.

«J’ai toujours été radicale dans mes choix.» La décision qui change sa vie, Djamila Loukil la prend à 25ans. Elle quitte cette France qui l’a vue grandir, partir, puis revenir.
Désormais ce sera l’Algérie, rien que l’Algérie.  Ballottée toute sa jeunesse entre
ses deux origines, Djamila vit le déracinement, les questionnements et
les va-et-vient des deux côtés de la Méditerranée. Elle peine à se positionner. Mais dès l’adolescence, sa fibre militante commence à se développer. Et avec elle, l’amour pour l’Algérie.
Il suffit d’échanger quelques mots avec cette quinquagénaire pour saisir
ce qui l’anime. «Je suis devenue journaliste pour être un porte-voix
des opprimés et je sentais que je devais mener ce combat ici, en Algé-
rie.» Justice sociale, militantisme, droits de l’homme: derrière les sourires chaleureux, cette battante pèse avec gravité ces mots qui reviennent
sans cesse, obsédants.
Djamila passe une enfance paisible à Mulhouse, où elle naît et grandit avec ses deux frères. Ses parents, tous deux Algériens et installés en France très jeunes, tiennent un magasin d’alimentation générale. Ils élèvent leurs enfants dans la culture française, mais Djamila se souvient de leur «nostalgie de l’Algérie et de
l’idée omniprésente d’un retour au pays».
«EN LARMES»
Ce retour tant attendu se réalise l’année de ses 9 ans. Idéalisé par ses
parents, il est brutal pour Djamila. «J’étais en larmes. Je ne connaissais
pas l’arabe, je n’avais aucun lien avec ce pays. C’était très dur.»Après
neuf ans à Oran, la famille doit l’admettre: ce renouement avec
leurs origines est un échec. La famille éclate. Les
frères partent d’abord, Djamila les rejoint à Toulouse à 18 ans.
Cette découverte douloureuse de l’Algérie ne la rebute pourtant pas.
Au contraire. «Ce premier contact m’a permis de nouer des liens avec la
société algérienne et de me sentir concernée par tout ce qu’il y avait à
faire dans ce pays.» La graine est semée, il ne reste plus qu’à la cultiver.
En fac d’histoire à Toulouse, Djamila baigne dans le milieu militant. Entre
manifestations contre la répression du printemps berbère et distributions
de tracts anti-FN, la jeune femme se nourrit d’auteurs révolutionnaires
comme Antonio Gramsci et côtoie d’autres militants algériens. «Au fur
et à mesure que je me construisais dans une démarche militante, mon
côté algérien s’épanouissait.» Mais Djamila peine à se sentir acceptée en France avec ses deux histoires. «J’étais pourtant bien intégrée, mais je ne me sentais enphase ni avec les jeunes Beurs ni avec les Français.»Dans les milieux engagés,elle a l’impression de devoir «jouer l’immigrée de service bien intégrée» et regrette que sa «part algérienne ne soit jamais mise en avant».

Djamila a 19 ans. Elle se défait de sa nationalité française et devient Algérienne. Elle prend conscience que son militantisme ne prendra tout son sens qu’en vivant en Algérie. «J’avais l’impression que la France ne pouvait pas me donner l’espace pour ça. L’Algérie était à reconstruire, alors que la France était déjà un pays en marche.»

«À LA MAISON»
Il ne reste plus qu’à sauter le pas. «C’est en rencontrant mon futur mari Kaddour, à 24 ans, que j’ai trouvé le courage de trancher définitivement.»Un an plus tard, elle quitte la France pour s’installer à Oran, où elle entame une carrière de journaliste. Une forme d’engagement «par le choix des articles et la manière dedécrire une réalité sociale». Elle milite en parallèle aux côtés de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme.
Djamila a mis vingt-deux ans pour retourner quelques jours en France.
Elle s’y est sentie « à la maison » mais n’a jamais regretté son choix.
«Je suis Algérienne. Ma place est en Algérie. » Entre deux histoires, Djamila a tranché : ses convictions ont germé sur le sol français, elle s’épanouiront  en terre algérienne ■

LAURIEWARMAN

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