Traverser la mer pour continuer la lutte

Djamila Loukil, journaliste de 54 ans au quotidien Libertéà Oran et militante des
droits de l’homme, a grandi entre la France et l’Algérie. Sa volonté de mener un
combat pour plus de justice sociale l’a conduite à s’engager totalement pour le
pays de ses parents.

«J’ai toujours été radicale dans mes choix.» La décision qui change sa vie, Djamila Loukil la prend à 25ans. Elle quitte cette France qui l’a vue grandir, partir, puis revenir.
Désormais ce sera l’Algérie, rien que l’Algérie.  Ballottée toute sa jeunesse entre
ses deux origines, Djamila vit le déracinement, les questionnements et
les va-et-vient des deux côtés de la Méditerranée. Elle peine à se positionner. Mais dès l’adolescence, sa fibre militante commence à se développer. Et avec elle, l’amour pour l’Algérie.
Il suffit d’échanger quelques mots avec cette quinquagénaire pour saisir
ce qui l’anime. «Je suis devenue journaliste pour être un porte-voix
des opprimés et je sentais que je devais mener ce combat ici, en Algé-
rie.» Justice sociale, militantisme, droits de l’homme: derrière les sourires chaleureux, cette battante pèse avec gravité ces mots qui reviennent
sans cesse, obsédants.
Djamila passe une enfance paisible à Mulhouse, où elle naît et grandit avec ses deux frères. Ses parents, tous deux Algériens et installés en France très jeunes, tiennent un magasin d’alimentation générale. Ils élèvent leurs enfants dans la culture française, mais Djamila se souvient de leur «nostalgie de l’Algérie et de
l’idée omniprésente d’un retour au pays».
«EN LARMES»
Ce retour tant attendu se réalise l’année de ses 9 ans. Idéalisé par ses
parents, il est brutal pour Djamila. «J’étais en larmes. Je ne connaissais
pas l’arabe, je n’avais aucun lien avec ce pays. C’était très dur.»Après
neuf ans à Oran, la famille doit l’admettre: ce renouement avec
leurs origines est un échec. La famille éclate. Les
frères partent d’abord, Djamila les rejoint à Toulouse à 18 ans.
Cette découverte douloureuse de l’Algérie ne la rebute pourtant pas.
Au contraire. «Ce premier contact m’a permis de nouer des liens avec la
société algérienne et de me sentir concernée par tout ce qu’il y avait à
faire dans ce pays.» La graine est semée, il ne reste plus qu’à la cultiver.
En fac d’histoire à Toulouse, Djamila baigne dans le milieu militant. Entre
manifestations contre la répression du printemps berbère et distributions
de tracts anti-FN, la jeune femme se nourrit d’auteurs révolutionnaires
comme Antonio Gramsci et côtoie d’autres militants algériens. «Au fur
et à mesure que je me construisais dans une démarche militante, mon
côté algérien s’épanouissait.» Mais Djamila peine à se sentir acceptée en France avec ses deux histoires. «J’étais pourtant bien intégrée, mais je ne me sentais enphase ni avec les jeunes Beurs ni avec les Français.»Dans les milieux engagés,elle a l’impression de devoir «jouer l’immigrée de service bien intégrée» et regrette que sa «part algérienne ne soit jamais mise en avant».

Djamila a 19 ans. Elle se défait de sa nationalité française et devient Algérienne. Elle prend conscience que son militantisme ne prendra tout son sens qu’en vivant en Algérie. «J’avais l’impression que la France ne pouvait pas me donner l’espace pour ça. L’Algérie était à reconstruire, alors que la France était déjà un pays en marche.»

«À LA MAISON»
Il ne reste plus qu’à sauter le pas. «C’est en rencontrant mon futur mari Kaddour, à 24 ans, que j’ai trouvé le courage de trancher définitivement.»Un an plus tard, elle quitte la France pour s’installer à Oran, où elle entame une carrière de journaliste. Une forme d’engagement «par le choix des articles et la manière dedécrire une réalité sociale». Elle milite en parallèle aux côtés de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme.
Djamila a mis vingt-deux ans pour retourner quelques jours en France.
Elle s’y est sentie « à la maison » mais n’a jamais regretté son choix.
«Je suis Algérienne. Ma place est en Algérie. » Entre deux histoires, Djamila a tranché : ses convictions ont germé sur le sol français, elle s’épanouiront  en terre algérienne ■

LAURIEWARMAN

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